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Publié par La Pluie du Dharma

 

Le nirvana est le nirvana. Il n’y a pas lieu de parler d’un nirvana avec résidu et d’un nirvana sans résidu.

 

« Dans le Vijnaptimatratasiddhi (œuvre traitant de la Conscience Seule) de Maître Xuan-Zang (VIIe siècle de notre ère), il est question de quatre sortes de nirvana : le nirvana pur par nature, le nirvana avec résidu, le nirvana sans résidu et le nirvana sans demeure. Le nirvana pur par nature, comme nous le savons, est l’ainsité, la nature véritable de tous les dharmas, la nature de non-naissance et de non-mort, de non-être et de non-non-être de tous les dharmas. Dans le soutra Ittivutaka, le soutra Udana, et dans le Dharmapada du canon chinois, ce nirvana est appelé le non-né, non-devenu, non-fait et non-conditionné. Pour être plus explicite, nous pouvons dire que c’est la nature de non-naissance et non-mort, de non-être et non-non-être, de non-acteur et non-receveur du fruit de l’action, de non-conditionnant et non-conditionné. Le terme ‘conditionnement’ (samskarah) fait référence au fait que les dharmas s’appuient les uns sur les autres pour se manifester. Toutes les choses qui se rassemblent pour faire manifester cette chose, s’appellent ‘conditionnant’ (samskara) ; cette chose qui est manifestée grâce au rassemblement d’autres conditions s’appelle ‘conditionné’ (samskrta). Conditionnant et conditionné sont une paire d’opposés comme les paires naissances / mort, être / non-être, acteur / receveur. Le nirvana pur par nature transcende ces quatre paires d’opposés.

Le nirvana avec résidu est défini comme l’expérience du nirvana des personnes encore en vie, qui ont encore leurs cinq skandhas ; ce n’est pas encore la finalité, ce n’est pas encore absolu, car l’on pense que tant que les skandhas subsistent, la souffrance subsiste.

Le nirvana sans résidu est défini comme étant le nirvana final, car il n’y a plus le corps.

Les deux notions de nirvana avec résidu et sans résidu sont à l’origine de nombreuses interrogations : on est par exemple en droit de se demander quel type de nirvana le Bouddha a-t-il pu goûter lorsqu’il était encore vivant ? Un nirvana avec ou sans résidu ? Ayant pourtant atteint l’illumination, il n’aurait pu profiter que d’un nirvana avec résidu ? Certaines personnes affirment que bien que le Bouddha eût encore ses cinq agrégats, ceux-ci étaient des agrégats non-corrompus (anasrava), de sorte que le nirvana du Bouddha n’était pas semblable à celui des disciples-auditeurs (ceux qui atteignaient l’éveil simplement en entendant les discours du Bouddha) qui ne faisaient eux que l’expérience du nirvana avec résidu. Mais alors, que sont les agrégats non-corrompus ? Si les agrégats du Bouddha sont différents de ceux des êtres vivants, comment peut-on dire que les êtres vivants ont la faculté de devenir des bouddhas ? C’est ainsi qu’apparaît la notion d’un nirvana qui n’est ni avec résidu, ni sans résidu.

Finalement, la meilleure façon de résoudre ces spéculations est de ne parler que d’une sorte de nirvana, en l’occurrence, le nirvana pur par nature. C’est une expérience que nous pouvons avoir alors que nos cinq agrégats subsistent, comme le confirment de nombreux soutras du bouddhisme originel. Lorsque nous mettons fin à toutes les afflictions, nous atteignons le nirvana ultime, parce que les cinq agrégats ne sont plus l’objet de notre saisie et de notre attachement. C’est à travers les agrégats, et en fait grâce à eux, que nous pouvons toucher le nirvana. »